AUDE :: GEOGRAPHIE AUDE :: DESCRIPTION GEOGRAPHIQUE AUDE
07-05-2009

Dans un ouvrage publié en 1908, l’auteur Onésime Reclus se livre à une description géographique de l’Aude (mais aussi de toutes les régions environnantes). Cette description de l’Aude, a parfois vieilli sur certains aspects. Sur le plan du style ou du vocabulaire, on trouve des coquetteries telles que l’expression « terres Ataciennes », expression dérivée du nom Antique du Fleuve Aude, « l’Atax ». L’Expression « terres Ataciennes » désigne en réalité l’Aude... On trouve aussi quelques expressions géologiques surprenantes telles que les « plis oolithiques » : il n’est pas sûr qu’un géologue contemporain validerait cette expression... Malgré tout, cette description géographique de l’Aude ne manque pas d’une certaine saveur parfois poétique. On appréciera aussi les comparaisons osées (pour ne pas dire aventureuses...) de notre auteur : Carcassonne est ainsi supérieure aux murailles du Kremlin, ou même au Mont Saint Michel. Pour Reclus, c’est la septième merveille du Monde...

Pour poursuivre avec les comparaisons, le Cabardès se voit affublé d’un « soleil africain »; en ce qui concerne la vallée de l’Aude depuis le Capcir (notamment à Carcannières), elle est comparée à une « prison noire » en raison de son caractère très encaissé... Les habitants de Carcannières, peu nombreux aujourd’hui il est vrai, apprécieront... Précisons cependant que Carcannières et quelques autres lieux évoqués dans ce texte ne font pas partie de l'actuel département de l'Aude, mais des département voisins (l'Ariège dans le cas de Carcannières). Reclus décrit en effet les Terres Ataciennes, c'est-à-dire le bassin de l'Aude et ne s'interdit pas parfois de déborder en dehors des limites administratives.

Pour finir, mentionnons cette comparaison entre les Corbières et les djebels d’Afrique du Nord (« Afrique Mineure », dit Reclus). D’ailleurs, dans les Corbières, la « roche est parfumée comme à Jérusalem »...

Laissons à présent la parole à Reclus :

« Les Terres Ataciennes. Les Corbières. — Le territoire des Tectosages ne se bornait pas au versant girondin du Languedoc, il ne s'achevait que sur les plages narbonnaises.
En fait d'ailleurs, la coupure entre la nature, le climat océaniques et le climat méditerranéen ne se fait point au col de Naurouze : des deux côtés de ce pas c'est un Lauragais égal à lui-même, une plaine quaternaire pareille sur ses deux pentes, des collines éocènes semblables, un même climat, un même ciel, les mêmes rafales d'un vent qui courbe les arbres et casse les branches le long de ce même Canal du Midi.

 

Cependant à mesure qu'on descend avec le Canal des Deux Mers, le long du Fresquel, affluent de l'Aude, l'air devient plus subtil, le ciel plus sec, on entre dans le Carcassès où la ville de Carcassonne a son site au voisinage de l'apparition de l'olivier et du passage véritable de la zone des influences océaniques dans la zone des influencés méditerranéennes. Cette antique Carcaso fut un oppidum, sans doute gaulois, peut-être ibérien ou celtibérien, installé sur la colline voisine, et non pas dans la vallée où le fleuve de l'Aude se courbe du sud vers l'est pour s'unir au Fresquel et aux torrents tombés de la Montagne Noire par les gorges du blanc Cabardès brûlé de tous les feux d'un soleil africain.

Le coteau d'environ 60 mètres d'élévation, qui porta Carcaso, porte maintenant la Cité, l'on peut bien dire l'incomparable Cité sans craindre d'être incriminé d'hyperbole : aucun lieu de France, d'Europe ne réunit plus de murailles historiques du moyen âge à partir du quatrième siècle, âge d'un certain nombre de tours et de courtines; pas une ville allemande ou flamande, et pas même le Kremlin des Russes, ne vaut cette double forteresse dont l'enceinte extérieure a près de 1.500 mètres et l'intérieure 1.100. C'est un incroyable élancement de murs, un pointement de tours contemporaines de saint Louis, de son fils, de son petit-fils et autres rois en arrière ou en avant. La France a plus de sept merveilles, mais s'il n'y en avait que sept, ce serait l'une des sept : les vagues à part, elle a plus de grandeur encore que Saint-Michel au péril de la Mer.

L'Aude carcassonnaise arrive des Pyrénées, elle s'ouvre à droite à des torrents des Corbières.
Des Pyrénées Ataciennes — d'Atax, l'ancien nom de l'Aude — aucune n'atteint 3.000 mètres. Ce fleuve naît dans le Capcir, pays qui oscilla de Languedoc à Roussillon et où le dialecte encore usuel est plus languedocien que catalan. Entre monts de 2.500 mètres, c'est une contrée à la rigueur habitable, et, de fait, habitée, mais très peu, aux altitudes de 1.746-1.385 mètres, avec villages où l'hiver commence aux débuts de l'automne et ne finit qu'aux approches de l'été ; les Capciriens eux-mêmes ne s'en cachent pas, si violemment amoureux qu'ils soient de leur petite patrie, comme tous les montagnards : « Nous avons, disent-ils, huit mois d'hiver et quatre mois de vilain temps. »
Du Capcir encombré de neiges l'Aude passe dans le Donezan ou Donnezan, transissant encore et surtout terrible par la profondeur de ses cañons : aux bains de Carcanières ils ont jusqu'à 500 mètres de creux entre granits rapprochés à voir à peine un ruban du ciel ; ils sont sinistres plus que beaux, car une prison noire peut-elle être belle ?

Plus bas les gorges se desserrent, la lumière y pénètre mieux bien que les parois d'encaissement aient encore 300 mètres de haut, mais elles sont de craie. On a passé du Capcir au Sault, pays de 37.000 hectares environ, colithe et craie, qui ne mérite qu'à moitié son nom : Sault, c'est le latin sattus, et saltus, c'est la forêt, même la forêt vierge. Or, les sapinières du Sault dont on a prétendu qu'il n'en est pas de plus belles au monde, ainsi que ses hêtraies ont été grandement diminuées, et le pillage ne s'arrête pas. La forêt menace de n'y être plus que la pierraille ; dans toutes ces Pyrénées d'Orient la déforestation sévit et si l'on n'avise la nudité prévaudra. Le Sault, granitique dans sa région méridionale, jurassique et crétacé sur les deux rives du Rébenty, torrent dont les encañonnements sont comparables a ceux de l'Aude elle-même, le Sault se concasse et se fissure; il se troue en avens à son nord-ouest, et c'est lui qui fait descendre à Fontestorbes les eaux dont l'intermittence est universellement fameuse.

Au fond d'une fissure de l'Aude, le barrage de Gesse arrête le fleuve dont une part entre dans un canal suivant à flanc d'abîme l'une des murailles de l'admirable gorge de Saint-Georges ; puis cette Aude détournée du fleuve y retombe par une cascade de 100 mètres, en source de lumière inépuisable, « vibrée » par des fils jusqu'à Narbonne et jusqu'à Béziers.
Transmise du Sault au Razès, contrée surtout éocène, l'Aude se dégage d'un dernier et superbe défilé dit Gorge de Pierre-Lis. Elle passe devant Alet, qui fut ville épiscopale et devant Limoux, qui fut la seconde capitale du Razès : la première avait été Redae, dont le Razès avait pris son nom ; cette cité disparue depuis plus de mille ans occupait probablement l'emplacement actuel de Rennes-le-Château, près Rennes-les-Bains, celle-ci située sur le Sals, torrent issu de sources salées dans une ravine des Corbières.
Les Corbières sont des Avant-Pyrénées continuant les Petites Pyrénées ariégeoises jusqu'au-dessus des lagunes salées du littoral méditerranéen ; au nord, au sud, à l'est d'un noyau central fait de schistes antiques, elles allongent des plis oolithiques, crétacés, tertiaires, monts et ravins absolument « méridionaux » où tout, la roche, le ciel, les plantes, les herbes de forte odeur proclament qu'on a quitté le Languedoc océanique pour le Méditerranéen.

Le Puy ou Pech de Bugarach, leur tête la plus altière, ne plonge qu'à 1.281 mètres dans le lac renversé du ciel ; mais, bien qu'étant de la Petite Pyrénée, comme il est d'Avant-Pyrénées, il se présente très noblement; on le voit de très loin et il regarde à quarante lieues autour de lui : il contemple le Sault, qui l'unit aux Pyrénées d'avant-garde de l'Ariège, le Razès, le Lauragais, le Carcassès, le Cabardès, la Montagne Noire, le Minervois, des plaines, la Méditerranée, la sierra frontière, et avant tout l'enchevêtrement de ses Corbières a lui, assombries encore par quelques débris de forêts et çà et là tachées de quelques broussailles. Mais c'est la nudité, la vaste nudité qui l'emporte, nudité blanche, grise, terne, jaune, noire suivant les roches constituantes des Corbières, qui fut une contrée de longue contention entre la Gaule et l'Ibérie, le Languedoc et la Catalogne, comme entre les grandes ou petites seigneuries du pays lui-même — c'est pourquoi fort nombreuses sont encore sur leurs lieux saillants les ruines des anciennes forteresses.

Cette nudité générale, l'ardeur du ciel, la sécheresse de l'air, l'éclat des couleurs, ce qu'on peut appeler l'accablement de lumière, différencient a l'extrême les Corbières et le Pays Basque, à 250 kilomètres seulement de distance à vol d'oiseau de l'est à l'ouest, chacun de ces deux massifs surgissant d'un bord de mer. Si ce genre de comparaison était soumis au calcul, on pourrait dire qu'il y a dix fois plus de ressemblance entre les Corbières et les sierras d'Orient ou les djebels de l'Afrique Mineure qu'entre les monts surveillés par le Bugarach et ceux que le Pic d'Anie commande dans la contrée des nobles Escualdunacs. Ici la roche est parfumée comme autour de Jérusalem ; ici l'on trouve du Carrare et du Paros ; l'abeille vole aux Corbières comme à l'Hymette et son miel est le miel de Narbonne.

Pas loin de Carcassonne, à partir de Trèbes, devant la Montagne d'Alaric (600 mètres), très raide et très fier bastion septentrional des Corbières, l'Aude entre décidément dans le monde méditerranéen ; de chétifs oliviers argentent faiblement, d'un argent mat, les talus du fleuve. A cinq ou six lieues de la mer elle se coupe en deux : l'Aude libre gagne la Méditerranée sur une plage de sables, d'alluvions, au Grau de Vendres, embouchure qui tient son nom d'un temple de Vénus, maintenant ruine informe; l'Aude esclave, la Robine de Narbonne distrait en moyenne 600.000 mètres cubes par 24 heures, soit près de 7 mètres cubes par seconde, va baigner Narbonne et se perd en mer par la bouche du canal de la Nouvelle.
L'Aude se déroule pendant 223 kilomètres en gorge noire et en val lumineux; elle « éponge » 534.000 hectares, exactement le centième de la France; elle envahit très diversement la Méditerranée, tantôt de 3.000 mètres cubes par seconde, tantôt de 5 seulement; on estime son module à 62. »
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Commentaires
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gaudin  - carcasSonne   |2008-10-26 14:22:17
merci j'ai pu avec cette lecture aidé mon petit fils qui avait des recherches à
faire sur la ville de Carcassonne.
Anonyme  - Aude et Languedoc   |2009-05-07 14:57:19
Quelle est la différence entre l'Aude et le Languedoc ?
Laudois  - Différence Aude Languedoc   |2009-05-07 14:59:10
L'Aude a été créée au moment de la Révolution française. Le Languedoc est une
région historique bien plus ancienne et bien plus vaste répartie entre les
régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussilon
Azaoui  - roussillon   |2010-10-14 06:30:41
Géographiquement parlant, c'est quoi la limite du Roussillon par raport au
Languedoc ?
Laudois  - Roussillon Languedoc   |2010-10-14 06:33:19
Le Roussillon est au sud du Languedoc. Le Roussillon est une région d'origine
catalane qui a longtemps appartenu à l'Espagne.
Le nord du Roussillon passe par
Leucate, et suit la ligne des châteaux royaux (Queribus, Peyrepertuse, etc).
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Dernière mise à jour : ( 07-05-2009 )